En Espagne, deuxième pays d'Europe après l'Italie le plus affecté par la pandémie de coronavirus, l'armée est désormais chargée de désinfecter certaines maisons de retraite où des résidents ont été contaminés par dizaines. 

Des cadavres encore dans les lits 

En intervention dans plusieurs établissements de Madrid et dans la région de Castille - La Manche, dans le centre du pays, des militaires y ont découvert "des personnes âgées absolument abandonnées, parfois mêmes des morts dans leur lit", a révélé ce lundi 23 mars Margarita Robles, la ministre espagnole de la Défense, relayée par l'AFP, sans donner d'autres détails sur ces macabres découvertes.

"Nous allons être implacables et inflexibles avec la façon dont les personnes sont traitées dans ces résidences", promet Margarita Robles, à la télévision Telecinco, alors que le parquet général a annoncé qu'il ouvrait des "enquêtes visant à déterminer la gravité des faits".

Des médecins et pompes funèbres débordés

De son côté, le ministre de la Santé, Salvador Illa, réagit en conférence de presse : "Les résidences pour personnes âgées sont une priorité absolue pour le gouvernement, nous allons exercer le plus grand contrôle sur ces centres, nous avons mobilisé tous les moyens."

En cas de suspicion de coronavirus, ces maisons de retraite suivent un protocole précis, expliquent plusieurs médias espagnols. Ainsi, elles ne doivent pas toucher les cadavres jusqu'à l'arrivée du médecin et des pompes funèbres.

Néanmoins, les décès se multiplient, et, débordés, les médecins et services funéraires tarderaient à intervenir, selon l'hypothèse avancée par plusieurs médias espagnols après cette révélation choquante.

Les personnes âgées omises des statistiques sur la mortalité du Covid-19

En Espagne, comme en Italie et en France, les décès dans les Ehpad ne sont pas intégrés au décompte quotidien de morts du coronavirus, au prétexte qu'il est difficile de savoir si la personne est morte de vieillesse ou du Covid-19, puisque les patients ne sont pas systématiquement testés. 

Ainsi, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon et le ministre de la Santé Olivier Véran parlent depuis quelques jours du nombre de morts à déplorer "en milieu hospitalier", comme le note CheckNews.

Une plateforme connecte les hôpitaux entre eux et regroupe leurs données, c'est ainsi que les chiffres sont établis. Mais les Ehpad français, eux, "ne sont pas reliés au système qui permet de faire le lien avec les hôpitaux, ce qui complique les remontées d’informations", détaille à la rédaction de fact-checking de Libération la direction générale de la Santé (DGS).

Les victimes du coronavirus ignorées des statistiques sont pourtant de plus en plus nombreuses : l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et la préfecture des Vosges ont annoncé ce lundi le décès de vingt résidents d’un Ehpad de Cornimont (Vosges) "en lien possible avec le Covid-19".

À Thise (Doubs), quinze résidents sont aussi décédés depuis le dépistage des premiers cas le 5 mars, à Saint-Dizier (Haute-Marne), un Ehpad déplorerait treize morts, d'après le média local PTV, et à l'Ehpad Rothschild, dans le XIIe arrondissement parisien, une cinquantaine de cas aurait été confirmés, ainsi que cinq décès.

"Tout est fait pour alléger le chiffre journalier du nombre de morts, et par la même (occasion, ndlr) alléger l’ardoise gouvernementale", s'indigne sur Facebook le médecin généraliste et romancier Baptiste Beaulieu. "Oublier nos anciens. Les effacer eux et l’origine de leurs décès... Faire passer ça pour de la vieillerie. Puis les enterrer seuls, sans famille, confinement oblige. Mais quelle honte ! Mais quelle ignominie !"

 

source: https://www.marieclaire.fr/covid-19-en-espagne-les-militaires-decouvrent-des-cadavres-abandonnes-dans-des-ehpad,1342360.asp