Internet : la Russie se coupe volontairement du réseau mondial et teste Runet, un intranet souverain

Fin décembre, la Russie a effectué un premier test de son internet souverain baptisé Runet. L’objectif officiel est de sécuriser son réseau national, mais fait craindre un contrôle plus strict du régime.

a seconde puissance militaire au monde s’est volontairement coupée du reste du monde pendant quelques jours fin décembre. La Russie a testé Runet, son internet souverain, isolé du réseau mondial.

Ce premier test grandeur nature découle de la loi sur la « souveraineté d’Internet » votée en mars 2019 par le Parlement russe. Elle accorde au gouvernement le pouvoir de déconnecter le pays du reste d’Internet, officiellement pour des raisons de « sécurité nationale ». Runet est censé mieux protéger le pays contre les cyberattaques, mais les opposants au régime estiment que cela va surtout renforcer la surveillance des internautes russes.

« Il s’est avéré que les autorités et les opérateurs de télécommunications sont prêts à répondre efficacement aux risques et menaces possibles, et à garantir le fonctionnement d’Internet et du réseau de télécommunications unifié en Russie », a déclaré Alexei Sokolov, chef adjoint du ministère du développement numérique, des communications et des médias.

La loi oblige en effet tous les fournisseurs de services Internet locaux à réacheminer le trafic Internet via des points de passage stratégiques sous la direction du ministère russe des Communications. Ces routeurs peuvent servir de gigantesques interrupteurs pour assurer le bon fonctionnement de l’internet russe, mais ils pourraient également fonctionner comme un appareil de surveillance des connexions et des consultations, à l’instar de la Grande muraille virtuelle mise en place par la Chine qui confie aux opérateurs la censure du web.

« L’internet libre et l’internet souverain, ces deux notions ne se contredisent pas », a affirmé le président russe Vladimir Poutine, lors de sa conférence de presse annuelle la semaine dernière.

L’ONG Human rights watch, avec neuf autres associations pour la défense des droits et des libertés, avait appelé au retrait du projet. Elle craint les dérives d’un tel dispositif. D’autant que la loi votée en mars 2019 qui lance Runet impose aussi aux opérateurs de bloquer et de pénaliser les sites web qui publient ce que les autorités considèrent comme des « fausses nouvelles » et « insultent » les autorités, les symboles de l’État et ce que la législation décrit vaguement comme une « société » russe. 

Des contrôles de plus en plus fréquents

Cette tendance à la reprise en main d’Internet inquiète car elle entraîne une restriction des libertés publiques et individuelles. D’après Freedom House, une ONG basée à Washington, près de la moitié de la population mondiale vivrait dans un pays où l’accès fixe ou mobile a déjà été déconnecté par les autorités.

Limitation des connexions, utilisation des réseaux sociaux pour surveiller la population, interdiction de sites jugés illégaux… Des états comme la Chine, la Corée du Nord, l’Iran ou Cuba sont des spécialistes du contrôle de l’internet. Mais de plus en plus de pays, principalement en Afrique (Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Éthiopie, Tchad…) ou en Asie (Malaisie, Birmanie) ont restreint l’accès à Internet l’année dernière.

La championne mondiale des coupures internet en 2019 est l’Inde qui, depuis quatre mois, a plongé le Cachemire dans l’isolement en coupant le réseau. Elle aussi met en avant la sécurité nationale et pourrait utiliser la position de monopole de plusieurs acteurs majeurs du web pour développer l’équivalent indien du Runet, le NayaBharatNet.

Et pourquoi pas un internet européen ?

L’idée d’un cyberespace européen avait été évoquée par Angela Merkel après les révélations d’Edward Snowden en 2013. Selon l’un des pères inventeurs de l’Internet, le Français Louis Pouzin, la création d’un espace sécurisé en Europe n’est pas impossible.

« Il faudrait simplement qu’il puisse fonctionner en l’absence de ressources situées hors de l’Europe (personnel, données, voies de communication, énergie) et qu’il soit sécurisé sous le contrôle d’organismes européens. »

source: https://www.sudouest.fr/2020/01/07/internet-la-russie-se-coupe-volontairement-du-reseau-mondial-et-teste-runet-un-intranet-souverain-7030693-4803.php

Soyez le premier à commenter cette vidéo.

Articles Connexes

Nouveaux Articles

Populaires