Un policier s'est suicidé à la fin de son service à Bobigny

Mercredi matin, un gardien de la paix a mis fin à ses jours dans les toilettes du tribunal de grande instance. Il s'agit du 53e suicide dans les rangs de la police cette année.

Alors que mardi, dans la cour de la préfecture de police de Paris, Emmanuel Macron rendait hommage à quatre vies «arrachées», la police est à nouveau en deuil. A la fin de son service, mercredi matin aux alentours de 6 heures, un gardien de la paix a utilisé son arme pour mettre fin à ses jours dans les toilettes du tribunal de Bobigny. Ce trentenaire était affecté à la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSAP), déjà touchée par le décès d’Aurélia Trifiro, l’un des quatre victimes de Mickaël Harpon. Célibataire et sans enfants, l’homme faisait partie depuis plusieurs années de la brigade de nuit de la compagnie de garde du Palais de justice, qui gère les déplacements des détenus au sein du tribunal.

«Nous ne sommes pas des matricules»

Selon la procédure qui suit le suicide d’un policier, l’IGPN, la «police des polices», a été saisie. La préfecture de police de Paris s’est associée à «la tristesse de sa famille et de ses proches dans ces moments difficiles».

Dans la matinée, des syndicats de policiers et des collègues se sont réunis devant le tribunal de Bobigny pour lui rendre hommage, mais aussi interpeller les pouvoirs publics. Ils demandent des mesures efficaces pour mettre fin à la vague de suicides qui touche les policiers depuis le début de l’année.

Le 2 octobre, c’est justement pour tirer la sonnette d’alarme à propos des suicides et des conditions de travail que des milliers de policiers s’étaient réunis à Paris lors d’une «marche de la colère»«Depuis plusieurs années, on n’a plus de vie personnelle, et on travaille cinq week-ends sur six. On entend que ces suicides s’expliquent par des raisons privées, mais les conditions de travail affectent notre vie privée, justement, affirmait alors Albert Lenclud, délégué syndical d’Unité SGP Police-FO. Nous ne sommes pas des matricules, des numéros.» Dans les rangs de la manifestation, des policiers ont défilé en tenant des pancartes numérotées jusqu’à 52, pour symboliser le nombre de suicides de policiers depuis le début de l’année. Ils en déplorent aujourd’hui un 53e, un drame qui reflète la montée en puissance du malaise policier – en 2018, on comptait déjà 35 suicides.

«La faiblesse n’est pas tolérée dans la police»

Pour lutter contre ce phénomène, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé la mise en place d’un deuxième numéro vert à l’attention des policiers. Un service «anonyme, confidentiel et gratuit» qui permet de se confier «vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept aux psychologues de la plateforme», a expliqué la Direction générale de la police nationale (DGPN). Dans un milieu où bon nombre de policiers taisent encore leur mal-être, la communication s’organise autour du slogan «Etre fort, c’est aussi demander de l’aide». «Avec les familles, on n’en parle pas trop, confiait une brigadière-cheffe de 43 ans du syndicat Alliance lors de la manifestation. Avec les collègues non plus, car c’est associé à la faiblesse et la faiblesse, ce n’est pas toléré dans la police. Il ne faut pas dire qu’on va voir un psychologue sinon on est stigmatisé.»

Face au silence et au manque d’accompagnement, les fonctionnaires s’organisent eux-mêmes. L’association Policiers entraide prévention suicide (Peps) a été créée il y a deux semaines. «Peps vient d’un groupe Facebook qui compte 4 500 membres, où les collègues parlent et échangent sur leurs problèmes et leur mal-être», expliquait à Libération Vanessa, une des créatrices de l’association, lors de la manifestation. «En huit mois, on a connu deux suicides. On se sent abandonnés par les pouvoirs publics, alors on s’organise nous-mêmes, avec ce groupe où on peut parler de sa déprime ou de ses envies d’en finir», témoignait une policière de Maisons-Alfort. Avec l’objectif, selon Vanessa, de «retrouver cette "famille police" qu’on a connue».

source: https://www.liberation.fr/france/2019/10/10/a-bobigny-un-policier-s-est-suicide-a-la-fin-de-son-service_1756534

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